Jesse Thistle

Boursiers
2016
Mentor(s): 
Programme d'étude:
Histoire
Affiliation actuelle:
York University
Région:

Jesse Thistle (histoire, York University) s’intéresse aux Métis des communautés de fortune établies sur des terres de la Couronne le long des routes et chemins de fer dans les Prairies canadiennes au cours du XXe siècle.

Projet de recherche 

L’indigence, l’invisibilité et l’indifférence : la vie des Métis dans les communautés de réserves routières des Prairies canadiennes

Lors de la construction des chemins de fer et des routes sur les Prairies canadiennes, le gouvernement fédéral se réservait dix pieds de chaque côté des constructions pour pouvoir en assurer l’entretien. Ces parcelles de terre de la Couronne sont par la suite souvent demeurées inutilisées. Qui aurait pu croire qu’elles deviendraient le théâtre d’un épisode dramatique de l’histoire des Métis… Or, après avoir perdu leurs terres et leur souveraineté à la fin du 19e siècle, des familles Métis se réfugièrent sur ces parcelles et bâtirent des communautés que l’on dénomma réserves routières. C’est ainsi qu’au 20e siècle, dépossédés, les Métis squattèrent illégalement dans des tentes, construisirent des baraques et plantèrent des jardins sur les réserves routières. Il est ironique que les Métis se soient réfugiés sur des terres de la Couronne alors que la Couronne les avait dépossédés suite à la résistance de 1885. La vie sur les réserves routières était caractérisée par la pauvreté, la marginalisation, l’indifférence gouvernementale et, pire encore, l’invisibilité. Le projet de doctorat de Jesse portera sur l’histoire des réserves routières après 1885 dans les Prairies canadiennes. Jusqu’à ce jour, les bourses d’études portant sur les Métis ont ciblé l’identité, l’ethnogenèse, Louis Riel ou les mouvements de résistance et, cependant, l’histoire des réserves routières est restée dans l’ombre. 

Jesse Thistle est un Métis originaire d'une communauté de fortune établie sur des terres de la Couronne de la Saskatchewan. Bien que son parcours de toxicomane itinérant à étudiant universitaire accompli soit inhabituel chez les étudiants au cycle supérieur, c’est précisément ce cheminement qui a nourri sa vision de l’itinérance, l’histoire des Autochtones, la criminologie, le travail social et la toxicomanie. Ses perspectives distinctes ont été élargies considérablement lorsqu’il participa, en tant qu’assistant de recherche et chercheur, à un large éventail de projets du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) et des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

C’est en travaillant comme chercheur sur le terrain avec Carolyn Podruchny, Ph. D., sur un projet du CRSH intitulé Tracing Métis History through Archives, Artefacts, Oral Histories, and Landscapes: Bison Brigades, Farming Families, and Road Allowance People, que Jesse et Carolyn remarquèrent la présence de traumatismes historiques non-résolus chez les Métis habitant une réserve routière.  Dans ses écrits sur ce traumatisme intergénérationnel, Jesse fit un lien entre le traumatisme du champ de bataille non-résolu (état de stress post-traumatique) et les descendants des combattants Métis lors de la résistance de Batoche en 1885. Sa recherche en traumatisme intergénérationnel a déjà enclenché un processus de guérison auprès des Métis et des Cris de la Saskatchewan.

De 2012 à 2014, Jesse a travaillé avec Sarah Flicker, Ph. D., sur le projet éducatif Taking Action for Youth II: Art and Aboriginal Youth Leadership for HIV Prevention. Ce projet visait à sensibiliser les jeunes autochtones aux risques du VIH, avec une emphase particulière sur l’épidémie actuelle de sida sur les réserves des Premières Nations. Le projet de l’IRSC comportait le partage de stratégies d’atténuation des risques de transmission du VIH/sida chez les jeunes, de techniques de sensibilisation à la santé, et de processus de rééducation pour les ainés.

Jesse est représentant national des itinérants autochtones du Canada à l’Observatoire canadien sur l’itinérance. Il y est non seulement chercheur mais il travaille également auprès de Canadiens itinérants, notamment ceux des peuples indigènes, puisant à même son expérience vécue de toxicomane itinérant pour faire le pont entre les politiques et la pratique et le monde universitaire et la rue. Il a interviewé et écrit des textes pour bon nombre de survivants itinérants. Il les encourage ainsi à partager leurs vécus et créé du même coup un véhicule pour que leurs voix soient entendues par les chercheurs.

Jesse a publié des articles dans bon nombre de journaux universitaires, revues et livres et a également travaillé à quelques courts documentaires. La portée de ses recherches et ses écrits cible puise à même ses expériences vécues, offrant une perspective unique sur l’itinérance des Autochtones, leur histoire, le traumatisme intergénérationnel, les établissements carcéraux, le travail social et les études sur la toxicomanie.